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Lettre d'opinion parue dans Le Devoir - On dort comme une bûche !

14.06.06

181 700 signatures plus tard : le gouvernement « dort toujours comme une bûche! »

Sophie Cadieux, porte parole de la campagne « On dort comme une bûche! »
Richard Desjardins, parrain du site Pascagama
Germain Houde, parrain du site Vallée des Montagnes Blanches

Le 13 juin, un ajout de 10 000 signatures a été déposé à l’Assemblée nationale du Québec, amenant le nombre total de citoyens réclamant la conservation du patrimoine naturel au Québec à 181 700. Quatre mois se sont écoulés depuis le lancement de la campagne « On dort comme une bûche! » par l’initiative Aux arbres citoyens!, et cette
campagne environnementale s’est révélée la plus importante au Québec à ce jour. Un nombre record de citoyens y ont manifesté leur désir de voir plus de conservation au Québec et surtout, de voir le gouvernement respecter ses engagements pris en matière de protection du patrimoine naturel.

Depuis, rien de la part du gouvernement. Pourquoi refuse-t-il d’écouter la population? At-il une réelle volonté de protéger, tel que promis, 8 % du territoire québécois d’ici à la fin de son mandat? Rappelons que la dernière annonce d’aires protégées remonte au 6 juillet 2005, alors que seulement 0,4 % du Québec avaient été protégés. À ce jour, seulement 3,4 % de la province bénéficie de l’exclusion de toutes activités industrielles. Clairement, le gouvernement actuel n’entend pas l’appel des citoyens et ne semble pas vouloir agir en matière de conservation. Quand on compare à la moyenne canadienne de protection du territoire de plus de 8 % et à la moyenne mondiale de plus de 13 %, le Québec fait réellement piètre figure.

Pourquoi est-ce important?

Il est primordial de faire de la conservation l’élément clé d’une véritable politique environnementale. Les citoyens en ont assez et se sont mobilisés afin de contrer l’inertie du gouvernement dans ce dossier. Le temps presse. Notre forêt et l’équilibre des écosystèmes sont menacés. L’engagement envers la préservation en est un qui doit nous dépasser, dans le sens où il faut voir plus loin que l’assouvissement de nos économies présentes. Il faut mettre les prochaines générations au premier plan.

Des solutions

Et pourtant, il existe encore des territoires intacts qui méritent d’être protégés rapidement, avant que les activités industrielles ne les détruisent. Les deux sites suivants pourraient ajouter 1 % d’aires protégées et surtout, ils permettraient de protéger de grands pans de la forêt boréale québécoise, aujourd’hui entièrement allouée aux industries.

Pascagama, parrainé par Richard Desjardins

Situé aux limites de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Mauricie et du Nord du Québec, près du réservoir Gouin, ce site de 7400 km2 est une des dernières grandes forêts intactes au sud du 50e parallèle et il représente un site important pour les chasseurs, pêcheurs, pourvoyeurs et autochtones. Pascagama constitue le carrefour entre les nations Atikamekw et Algonquine; certains territoires étant aussi utilisés par les Cris. Fleuron de la nature sauvage du Nord, son paysage est même reproduit sur la carte d’assurancemaladie québécoise! En son sein, la rivière Mégiscane s’avère une destination de canotkayak très prisée par les amateurs de plein-air. La Mégiscane est le plus beau cadeau que le bon Dieu nous a donné, c’est le plus beau cadeau que l’on donnera à nos enfants. Mais pour ce faire, il faut agir maintenant et protéger ce territoire des industries qui le convoîtent.

Vallée des Montagnes Blanches, parrainé par Germain Houde

Ce site de 9000 km2 se trouve aux confins du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord, non loin du réservoir Manouane, au nord du 50e parallèle. Constitué d’une forêt de résineux matures plantés dans un épais tapis de mousse et d’arbres morts entremêlés, il environne plusieurs lacs et marais. Il est habité par plusieurs espèces fragiles, notamment le caribou forestier. Il incarne « l’essence même » d’une réserve naturelle.

L’éloignement et la rigueur du climat ont jusqu’à maintenant protégé ce lieu, qui pour l’humain, s’avère particulièrement inhospitalier. Il aura fallu des centaines, voir des milliers d’années, pour qu’un site d’une telle qualité se crée. C’est, de plus, l’éponge qui retient l’eau à la source de plusieurs de nos grandes rivières québécoises. C’est de l’eau pure. C’est de l’eau douce filtrée naturellement. Certains barrages hydro-électriques dépendent même totalement des bienfaits de cette rétention naturelle d’eau. Cette eau constitue notre plus grande richesse.

Il aura fallu également toutes sortes de coïncidences et miracles météorologiques pour que ce territoire se constitue. Il est donc impossible à renouveler. Le détruire serait une autre perte totale liée à la disparition du patrimoine naturel de la planète. Ce serait un viol.

Ce territoire (et du fait nous-mêmes) est actuellement à la merci de l’exploitation forestière. Ce bouzillage éhonté d’écosystèmes se ferait, comme d’habitude, à l’insu des populations, pour satisfaire quelques sociétés qui, elles-mêmes, exploiteraient encore pour quelques années des citoyens sans alternative pécuniaire. Il suffirait de 8 à 10 ans pour détruire ça. Deux élections. Deux yesmen environnementaux. Il s’avère vital et primordial de stopper cette bêtise, de relever la tête avec dignité et d’exiger que ces merveilles de notre patrimoine soient protégées pour la suite du monde.

Nous osons croire que cet appel au réveil lancé par 181 700 personnes qui ont à coeur la protection de leur patrimoine naturel ne demeurera pas lettre morte, comme c’est le cas d’autres dossiers chauds.

La pétition peut être signée en ligne à www.ondortcommeunebuche.com