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Les aires protégées un an plus tard: Le Gouvernement du Québec ne tient pas parole

09.07.01

Québec et Montréal, le 9 juillet 2001 - L’Union québécoise pour la nature (UQCN) et la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) dénoncent l’incapacité du Gouvernement du Québec à tenir parole dans le dossier de la Stratégie québécoise sur les aires protégées (SQAP). Les deux organismes viennent d’obtenir la confirmation d’un troisième report de publication du document de consultation portant sur la stratégie gouvernementale, promis pour le mois de juin. La Stratégie doit viser à identifier et à protéger, d’ici 2005, 8% de la superficie de la province, cela en s’assurant de représenter sa biodiversité.

Selon le président de l’UQCN, M. Harvey Mead, «tout porte à croire que le dossier est en déroute au sein du gouvernement. Les aires protégées ont maintenant perdu non seulement leur principal défenseur gouvernemental, Léopold Gaudreau, mais également une personne clé dans la rédaction de l’éventuelle stratégie, Vincent Gérardin, qui a soumis une lettre notifiant ses supérieurs de son retrait du dossier, faute de progrès envisageable».

En janvier, le principal responsable du dossier et un intervenant des plus crédibles au sein du gouvernement, M. Léopold Gaudreau, gestionnaire à la Direction du patrimoine écologique (MENV), a été retiré du dossier, sous prétexte qu’il n’avait pas suivi les procédures convenues entre les trois ministères impliqués. L’UQCN et la SNAP y ont vu plutôt un effort de sabordage du processus d’élaboration de la SQAP. Depuis peu, monsieur Vincent Gérardin, lui aussi du MENV, aurait envoyé à ses supérieurs sa lettre de «démission» du dossier. Harvey Mead souligne que «Vincent Gérardin a fait montre d’une grande capacité de compréhension et de réalisme lors de la rédaction de la Stratégie de protection des forêts, en 1990; avec un représentant du MRN et deux de l’industrie forestière, il a produit un document de consultation consensuel qui a permis la tenue d’audiences concluantes par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Son départ ne peut être qu’un très mauvais signal quant à la situation qui prévaut à l’intérieur du gouvernement par rapport à la SQAP», de conclure monsieur Mead.

Pour sa part, madame Brigitte Voss, coordonnatrice de la section montréalaise de la SNAP, souligne la déception des milieux de l’environnement, qui avaient investi beaucoup d’espoir dans la décision du Gouvernement de mettre en place un véritable réseau d’aires protégées. «Le Québec fait déjà piètre figure dans le portrait international
des réseaux de territoires protégées permettant le maintien d’une biodiversité fonctionnelle et intégrale. Les dérapages depuis le mois de janvier ne font qu’accentuer les traits sombres du portrait, où le Québec, avec moins de 1 % de son territoire protégé légalement contre toute exploitation industrielle, se trouve à la queue du peloton des
nations en la matière». À ce jour, les pays du monde protègent en moyenne 10 % de leur territoire contre l’exploitation forestière, minière, énergétique et autre. «La protection intégrale de 8 % du territoire québécois constituerait un acquis impressionnant pour le Québec, renversant les habitudes des dernières décennies,
même si elle le laisserait toujours en retard par rapport à l’ensemble des nations», continue madame Voss.

Le 21 juin 2000 le Conseil des ministres a adopté une résolution demandant au ministère de l’Environnement, avec la collaboration du ministère des Ressources naturelles (MRN) et de la Société de la faune et des parcs du Québec (FAPAQ), de déposer dans un an – soit pour fin juin 2001– un projet de stratégie permettant de mettre en place d’ici 2005 d’un réseau d’aires protégées représentatives.

En janvier 2001, les trois ministères ont reporté une réunion publique portant sur une première version du projet de stratégie. Le 8 mars 2001, la réunion a eu lieu, sans qu'aucune version du projet ne soit distribuée; elle était présidée par les sous-ministres en titre des trois responsables gouvernementaux. Devant un auditoire de plus de cent personnes, les trois sous-ministres ont pris l’engagement de convoquer une nouvelle rencontre publique avant de publier, en juin 2001, la version finale du projet de stratégie, version qui serait par la suite soumise à la consultation publique, tel que décidé par le Conseil des ministres.

Cette promesse n’a pas été tenue. À l’échéance de la date fixée, l’UQCN et la SNAP viennent d’apprendre, du nouveau responsable de la SQAP pour les trois ministères, M. Robert Noël de Tilly, que le document ne sera pas prêt avant l’automne, au plus tôt.

L’UQCN et la SNAP craignent que la SQAP soit dans une impasse. Avec une surallocation de la forêt québécoise d’environ 6% au bénéfice des compagnies forestières, le MRN semble abandonner l’idée, non seulement de respecter l’engagement d’atteindre 8% d’aires protégées, mais fort probablement de créer des aires protégées en milieu forestier , alors que c’est en forêt que la menace de perte de biodiversité est la plus manifeste. La FAPAQ, pour sa part, ne fait montre, à date, que de timides intentions pour pousser le projet de stratégie et sa mise en oeuvre.

Jean Langlois, directeur de la section de la Vallée de l’Outaouais de la SNAP, insiste dans ce contexte : «Ce n’est pas seulement un projet gouvernemental qui est en retard. Au rythme actuel de la coupe forestière, nous perdons des aires naturelles à chaque jour. Un retard pour la SQAP représente la perte permanente d’aires protégées potentielles».

Les deux organismes ont envoyé une lettre aux trois sous-ministres responsables de la SQAP aujourd'hui, pour demander une rencontre.

Sources :
Harvey Mead, UQCN : 418-652-7572 ou 418-653-6090
Brigitte Voss, SNAP: 514-728-5885