Rescaper la conservation marine pour éviter notre noyade collective - lettre ouverte de la SNAP QC
Mercredi, 22 octobre 2009
La conférence scientifique internationale sur la biodiversité qui se tenait du 13 au 16 octobre en Afrique du Sud traçait un bien triste bilan de l’état de nos écosystèmes. La perte de biodiversité ne cesse de croître, signifiant que la base même de notre survie s’effrite de plus en plus rapidement. Or la communauté scientifique est unanime : les aires protégées, ces endroits où l’on interdit les activités industrielles, sont un outil essentiel pour préserver les espèces et leurs habitats.
On nage entre deux eaux
En milieu terrestre, plusieurs gouvernements ont compris l’urgence d’implanter un réseau d’aires protégées pour conserver la biodiversité. Le Québec, dont à peine 1% de la superficie était protégée au début des années 2000 se retrouve aujourd’hui à 8,14 %, avec l’objectif d’atteindre 12 % d’ici 2015. C’est un départ. Cependant, la situation est toutefois bien différente au large de nos côtes, où la superficie protégée devient carrément dérisoire : moins d'un pourcent du milieu marin est protégé tant au Québec qu’au Canada. En fait, la véritable conservation marine au Québec se résume au seul parc marin Saguenay Saint-Laurent. Sa création, en 1998, nous avait valu la réputation de pionniers en matière d’aires marines protégées. Depuis, c'est le calme plat.
De la parole aux actes, il y a un océan. En 2002, le Canada se joignait à l'Australie et aux États-Unis pour signer le plan de mise en oeuvre du Sommet mondial pour le développement durable (SMDD), affirmant sa volonté à mettre sur pied un réseau d'aires marines protégées représentatif d'ici 2012. En 2006, les parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB) (dont le Canada), se sont engagées à protéger 10% des éco-régions du monde d'ici 2010, incluant les éco-régions marines et côtières. À quelques mois de l’échéance, force est de constater que nous allons rater la cible de façon spectaculaire.
Des écosystèmes fragiles
Pourtant, le portrait actuel de nos écosystèmes marins reflète la crise de biodiversité qui sévit sur la planète. Les scientifiques notent avec inquiétude la diminution de krill et de zooplancton dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Les bélugas ne montrent aucun signe de rétablissement malgré les mesures de protection mises en place au cours des dernières années. Les baleines bleues sont de moins en moins présentes dans l’archipel de Mingan. Et le sort de la morue est bien connu.
Les menaces sont nombreuses : produits chimiques toxiques, surpêche, transport maritime, possible exploration et exploitation de gisements d’hydrocarbures… Et les menaces ne guettent pas uniquement le Saint-Laurent. Il suffit de penser aux impacts subis par les écosystèmes marins nordiques avec les changements climatiques – qui risquent également d’augmenter l’intérêt pour le transport maritime, les ports en eaux profondes, etc.
Il est grand temps de se doter d’une vision d'ensemble et d'avenir pour nos milieux marins – une vision qui ne peut se résumer à l’extraction des ressources naturelles telle que l’exploitation d’hydrocarbures dans le Saint-Laurent. Commençons par créer le réseau d’aires marines protégées promis par le Canada d’ici 2012. Au Québec, il faudra d’abord dépoussiérer les projets d’aires marines protégées autour de la péninsule de Manicouagan et des Îles-de-la-Madeleine, lancés depuis plusieurs années mais qui stagnent faute de volonté politique.
Enfin, la SNAP souhaite rappeler que le slogan de l’Année internationale de la biodiversité 2010 : «la biodiversité c’est la vie, la biodiversité c’est notre vie», est valable tant sous l’eau que sur terre!
Raphaëlle Dancette
Responsable conservation marine
Société pour la nature et les parcs du Canada
Section Québec (SNAP Québec)
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